terça-feira, 9 de outubro de 2012

Le Jet d'eau



Tes beaux yeux sont las, pauvre amante!
Reste longtemps, sans les rouvrir,
Dans cette pose nonchalante
Où t'a surprise le plaisir.
Dans la cour le jet d'eau qui jase
Et ne se tait ni nuit ni jour,
Entretient doucement l'extase
Où ce soir m'a plongé l'amour.

La gerbe épanouie
En mille fleurs,
Où Phoebé réjouie
Met ses couleurs,
Tombe comme une pluie
De larges pleurs.

Ainsi ton âme qu'incendie
L'éclair brûlant des voluptés
S'élance, rapide et hardie,
Vers les vastes cieux enchantés.
Puis elle s'épanche, mourante,
En un flot de triste langueur,
Qui par une invisible pente
Descend jusqu'au fond de mon coeur.

La gerbe épanouie
En mille fleurs,
Où Phoebé réjouie
Met ses couleurs,
Tombe comme une pluie
De larges pleurs.

Ô toi, que la nuit rend si belle,
Qu'il m'est doux, penché vers tes seins,
D'écouter la plainte éternelle
Qui sanglote dans les bassins!
Lune, eau sonore, nuit bénie,
Arbres qui frissonnez autour,
Votre pure mélancholie
Est le miroir de mon amour.

La gerbe épanouie
En mille fleurs,
Où Phoebé réjouie
Met ses couleurs,
Tombe comme une pluie
De larges pleurs.

*
O Chafariz

Teus olhos cansados, amada,
não abras agora pra me ver
na pose despreocupada
em que te pegou o prazer.
A água a jorrar no jardim,
que murmura noite e dia,
mantém mansamente em mim
o gozo que o amor irradia.

Ramo d'água sonora,
buquê de flores
que a lua decora
com suas cores,
chuva de pranto chora
os meus amores.

Assim, tua alma incendiada
no clarão ardente do cio
voa no céu sem temer nada,
bem-aventurado vazio!
Depois, morrendo, se espraia,
onda de morna mansidão,
descendo a invisível praia
que vai dar no meu coração.

Ramo d'água sonora,
buquê de flores
que a lua decora
com suas cores,
chuva de pranto chora
os meus amores.

Quando a noite te faz mais terna,
como é doce, sobre os teus seios,
escutar a saudade eterna
que soluça nos lagos cheios!
Lua, noite, água sonora,
árvores de leve rumor,
vossa melancolia agora
é o espelho do meu amor.

Ramo d'água sonora,
buquê de flores
que a lua decora
com suas cores,
chuva de pranto chora
os meus amores.


Charles Baudelaire, tradução Jorge Pontual